Vers une meilleure inclusion scolaire des enfants handicapés en Belgique
En Belgique, le droit à l’éducation pour tous est inscrit dans la Constitution. Mais dans les faits, les enfants en situation de handicap rencontrent encore trop d’obstacles pour bénéficier d’une scolarité inclusive. Classes inaccessibles, manque d’accompagnement, formation insuffisante du personnel enseignant… les défis sont réels. Pourtant, des solutions existent. Basées sur l’observation du terrain, elles peuvent transformer l’école en un lieu d’apprentissage réellement ouvert à toutes et tous.
Comprendre les blocages actuels
La première étape vers plus d’inclusion, c’est de faire un état des lieux sans détour. En Belgique, l’enseignement est encore très segmenté entre enseignement ordinaire et enseignement spécialisé. On oriente rapidement les enfants ayant des besoins spécifiques vers des établissements spécifiques. Parfois par souci de bien faire. Mais cela pose deux problèmes majeurs :
- D’abord, cela renforce une forme de ségrégation. L’enfant “différent” est éloigné de ses pairs, parfois dès la maternelle, ce qui peut nuire à son développement social.
- Ensuite, tout cela repose sur une vision rigide des capacités scolaires, qui laisse peu de place à la nuance ou à l’aménagement des parcours dans les classes ordinaires.
Le manque de moyens spécifiques accompagne ce cloisonnement. Nombre d’écoles dites “ordinaires” ne disposent ni de l’aménagement matériel requis, ni de personnel formé pour accueillir un enfant qui présente un trouble moteur, sensoriel ou cognitif. Et quand l’envie est pourtant là, le système peine à suivre.
L’inclusion, ce n’est pas juste une chaise vide à côté d’un élève lambda
Accueillir un enfant handicapé en milieu ordinaire ne suffit pas. Il faut aussi qu’il puisse pleinement participer, apprendre et s’épanouir. Cela demande une approche globale, centrée sur la personne, mais aussi sur l’environnement. Cette vision s’appuie notamment sur le modèle du “Design universel pour l’apprentissage” (DUA), qui propose trois axes majeurs :
- Multiplier les moyens d’expression : oral, écrit, visuel, etc.
- Adapter les modalités d’accès à l’information (polices lisibles, supports audio, pictogrammes…)
- Valoriser différentes formes d’intelligence pour évaluer les acquis (pas seulement l’écrit standardisé)
En d’autres mots : si un enfant n’arrive pas à franchir la porte de la classe, on ne va pas le changer lui. On commence par changer la porte.
Zoom sur quelques bonnes pratiques
Heureusement, certaines écoles belges montrent déjà l’exemple. Voici quelques pratiques inspirantes relevées lors de mes déplacements comme consultant en accessibilité :
- Une école primaire à Namur a mis en place un binôme enseignant + assistant d’intégration dans chaque classe où se trouve un enfant porteur d’un handicap reconnu. Résultat : un suivi personnalisé, sans alourdir la charge de travail de l’enseignant.
- À Liège, une école secondaire a formé tous les professeurs à la communication alternative et augmentée (CAA) pour faciliter l’intégration d’un élève non-verbal grâce à une tablette avec pictogrammes.
- À Gand, une école a co-construit ses aménagements avec les familles et les élèves concernés : barres d’appuis, ascenseurs, horaires flexibles, temps de pause… On parle d’un vrai partenariat, pas d’une décision descendante.
Ce qui relie tous ces exemples : le principe de l’adaptation de l’environnement, pas de l’enfant. Et l’implication active des acteurs concernés. Ça semble évident ? Pourtant, cela reste loin d’être la norme.
Le rôle clé des parents
Dans mon travail, je rencontre souvent des parents épuisés, contraints de devenir eux-mêmes “coordinateurs de projet d’inclusion” pour leur enfant. Entre les réunions d’équipe éducative, la constitution de dossiers, les relances auprès de centres PMS, les rendez-vous médicaux… C’est un temps et une charge mentale énormes.
Mais ce sont aussi ces parents qui font bouger les lignes. En préparant en amont l’arrivée d’un enfant dans une école (visites, essais, contacts réguliers), ils diminuent les craintes et facilitent les ajustements. Leur expérience est une ressource précieuse, à condition de leur donner une vraie place autour de la table.
Former, accompagner, valoriser
L’inclusion scolaire ne repose pas uniquement sur la bonne volonté des enseignants. Elle suppose des outils tangibles pour agir autrement en classe. Cela passe par plusieurs leviers :
- Une formation continue en pédagogies différenciées, en gestion de la diversité, et en accessibilité numérique.
- Un accompagnement pluridisciplinaire : logopèdes, ergothérapeutes, assistants sociaux peuvent travailler en concert avec les équipes éducatives.
- La valorisation des efforts déjà en place. Trop d’enseignants se sentent seuls ou mal équipés. Reconnaître leur engagement est un levier essentiel pour susciter des vocations et éviter l’épuisement.
Exemple : intégrer une heure de concertation hebdomadaire dans l’horaire enseignant, comme cela se fait dans plusieurs cantons suisses, permet d’analyser les réussites, les outils efficaces, et les points de blocage. Résultat : moins d’improvisation, plus de cohérence.
Et la technologie dans tout ça ?
On parle souvent du numérique comme d’un levier d’inclusion. C’est vrai… mais à certaines conditions. Fournir un ordinateur à un élève avec dyslexie est un bon début. Mais si les profs continuent à faire dicter leur cours uniquement à l’oral sans support, ça ne change pas grand-chose.
Ce qui fonctionne, c’est l’intégration cohérente des outils numériques dans les pratiques pédagogiques :
- Applications de prédiction de mots pour les élèves ayant du mal à écrire manuellement
- Lecteurs vocaux avec surlignage de texte pour les élèves dys
- Supports en format ePub pour les lecteurs d’écran utilisés par des élèves malvoyants
Là encore, on revient à la notion de “conception universelle”. Si une ressource numérique est utile pour un élève en situation de handicap… elle l’est souvent aussi pour tous les autres.
Changer les mentalités, un pas à la fois
L’inclusion scolaire ne se décrète pas par décret. Elle se construit sur le terrain, jour après jour. Cela passe aussi par une évolution des représentations. Parce que derrière chaque élève en situation de handicap, il y a surtout un enfant curieux, un camarade de classe potentiel, un futur adulte autonome ou citoyen actif.
À nous, professionnels, familles, institutions et associations, de créer des ponts plutôt que des murs. Une école inclusive n’est pas une utopie. C’est une école qui refuse de perdre ses élèves en route.
Et si vous êtes enseignant ou directrice d’établissement, une question simple peut déjà faire bouger les choses : « Qu’est-ce que je peux essayer, ici et maintenant, pour que mon école accueille mieux tous les enfants, sans exception ? »
Parfois, tout commence par l’écoute. Et un petit coup de tournevis sur une rampe d’accès.