Prévenir les escarres chez les personnes en fauteuil roulant
Pourquoi les escarres ne sont pas seulement une affaire d’hôpital
Quand on parle de prévention des escarres, beaucoup pensent tout de suite à l’hôpital ou aux établissements de soins. Pourtant, dans le quotidien d’une personne en fauteuil roulant, le risque est bien réel, souvent sous-estimé — et surtout évitable. Contrairement à certaines idées reçues, les escarres ne sont pas une fatalité. Ce sont des lésions de la peau qui apparaissent sous l’effet d’une pression prolongée, en particulier quand on reste longtemps dans la même position. Et soyons clairs : une fois installées, elles sont longues à cicatriser et peuvent sérieusement impacter la qualité de vie. Mieux vaut donc les éviter.
Que vous soyez concerné directement ou que vous accompagniez une personne en fauteuil, cet article vous donne les clés pour comprendre et prévenir ces plaies douloureuses de manière concrète, au quotidien.
Comprendre ce qui provoque une escarre
Une escarre naît d’un cocktail bien précis : pression + temps + fragilité cutanée. Imaginez que vous restiez assis sur une même chaise pendant plusieurs heures sans bouger. Certaines zones du corps, là où les os sont plus proches de la peau (ischions, sacrum, talons…), subissent une pression constante. Le sang ne circule plus bien, les tissus s’asphyxient… Résultat : la peau se dégrade et l’escarre apparaît.
Mais il n’y a pas que la pression qui joue. L’humidité (transpiration, incontinence), le frottement et le glissement accentuent les risques. Et encore plus si on est fatigué, dénutri ou en perte de sensibilité.
Un fauteuil mal adapté, un coussin abîmé, un changement dans la routine ou même un état de santé fragile peuvent rapidement devenir des facteurs déclencheurs.
Identifier les zones à risque
Les escarres n’apparaissent pas n’importe où : elles visent des zones bien précises. Voici les plus fréquentes chez les personnes en fauteuil roulant :
- Les ischions (les os sur lesquels on s’assoit)
- Le sacrum (bas du dos)
- Les talons
- Les malléoles (chevilles)
- Les omoplates
- La face externe des genoux (en cas de position assise prolongée avec jambes en adduction)
Chaque personne est différente, donc restez à l’écoute de votre corps. Une rougeur qui ne disparaît pas, une sensation d’échauffement localisée ou une douleur inhabituelle doivent alerter.
Les bons gestes au quotidien
Prévenir vaut mieux que panser. Voici les piliers de la prévention, simples mais efficaces lorsqu’ils sont appliqués méthodiquement.
Changer de position régulièrement
Nombreux sont ceux qui me disent : « Je ne ressens pas quand il y a un problème, alors je ne bouge pas. » Justement : c’est pour cette raison qu’un repositionnement systématique est nécessaire. L’idéal est de soulager les zones d’appui toutes les 30 minutes. Pas forcément un transfert complet : une inclinaison du dossier, un appui sur les bras pour lever les fesses, un petit shifting latéral peuvent suffire.
Certains utilisent une montre avec alarme, une appli mobile ou simplement une minuterie de cuisine (le genre qu’on entend à trois pièces d’écart, oui) pour ne pas oublier.
Avoir un coussin adapté et en bon état
Un bon coussin, c’est votre meilleur allié. Il doit répartir les pressions, limiter les points d’appui fixes et s’adapter à votre morphologie. Les plus utilisés :
- Coussins en mousse : économiques mais vieillissent vite, à surveiller
- Coussins à air (type ROHO) : excellents en prévention, mais demandent un bon réglage
- Coussins en gel ou hybrides : bon compromis entre stabilité et confort
Un coussin troué, affaissé ou gonflé de travers, c’est comme une chaussure percée un jour de pluie : ça ne protège plus. Vérifiez-le régulièrement — et faites-le réévaluer au besoin.
Surveiller l’état de la peau
Le plus souvent, c’est la peau qui parle en premier. Quelques minutes par jour suffisent pour vérifier les zones à risque. Utilisez un miroir, une appli photo ou demandez l’aide d’un proche si besoin. Recherchez des signes d’alerte :
- Rougeur persistante qui ne blanchit pas quand on appuie dessus
- Peau chaude ou au contraire, froide
- Boursouflures, callosités, crevasses
Encore une fois : mieux vaut intervenir à ce stade que deux semaines plus tard avec une plaie de stade 3.
Choisir des vêtements adaptés
On n’y pense pas toujours, mais les coutures épaisses, les plis mal placés ou un pantalon trop serré peuvent créer des pressions involontaires ou des frottements localisés. Privilégiez des tissus respirants, souples, sans couture au niveau des fesses, et testez l’assise après chaque nouveau vêtement.
Miser sur une bonne hygiène de vie
Une peau bien hydratée, bien nourrie et oxygénée cicatrise mieux et résiste davantage. Dormez suffisamment, buvez de l’eau, surveillez votre alimentation (protéines, zinc, vitamine C…) et maintenez une bonne hygiène corporelle, sans oubli des zones « invisibles ».
Quand consulter ?
Dès que vous voyez quelque chose d’inhabituel. Une rougeur persistante, une douleur inexpliquée, une petite plaie suspecte : ne laissez pas traîner. Même si ce n’est « que » superficiel, ça peut évoluer vite. Contactez votre médecin traitant, une infirmière ou un centre spécialisé. Plus l’intervention est rapide, plus le traitement est simple.
Un ergothérapeute peut également vous aider à ajuster votre matériel ou votre installation posturale. Et si besoin, un centre de traitement des plaies chroniques pourra vous proposer des soins spécifiques.
Le rôle des aidants : ni devins, ni infirmiers, mais… essentiels
Les aidants ont souvent un rôle crucial dans la prévention des escarres. Sans se transformer en professionnels de santé, ils peuvent :
- Aider à prévenir les oublis de positionnement ou de contrôle cutané
- Vérifier l’état du coussin ou du matelas
- Être une “deuxième paire d’yeux” sur les zones du corps qui ne sont pas visibles
- Soutenir dans la routine quotidienne sans infantiliser
Un conseil : si vous êtes aidant, parlez ouvertement de la prévention des escarres. Cela peut éviter bien des non-dits… et des complications.
Et la technologie dans tout ça ?
Bonne nouvelle : les innovations se multiplient. Capteurs de pression intégrés dans les coussins, applications pour rappeler les temps de relèvement, textiles intelligents… Même si tout cela ne remplace pas les bonnes pratiques de base, ces outils peuvent être d’excellents compléments.
TOUTEFOIS — et j’insiste — un coussin connecté ne sert à rien s’il est mal réglé, ou si on ne suit pas l’alerte. La technologie n’exclut pas l’écoute de soi et l’adaptabilité.
La prévention, un investissement sur le long terme
Personne ne rêve de passer ses journées à penser à ses fesses, soyons honnêtes. Mais intégrer des routines simples dans son quotidien peut vraiment éviter beaucoup de galères. S’accorder 30 secondes toutes les heures pour bouger, vérifier son matériel une fois par semaine, demander un regard extérieur quand on a un doute : ce n’est pas du luxe, c’est du bon sens.
Les escarres peuvent être redoutables, mais elles n’ont rien d’inéluctables. Comme souvent, la régularité, l’attention et un petit peu de méthode font toute la différence. Ce sont parfois les gestes les plus simples qui permettent aux personnes en fauteuil de rester… debout.