L’importance de l’ergothérapie dans le parcours de soins en Belgique
L’ergothérapie est encore un peu méconnue en Belgique, souvent associée à tort à de la rééducation « légère » ou à des activités manuelles pour personnes âgées. Pourtant, son impact dans le parcours de soins est bien plus large et puissant. Que l’on vive avec un handicap moteur, sensoriel, psychique ou qu’on traverse une période de fragilité – après un AVC, une blessure, ou un burn-out – l’ergothérapeute peut devenir un pilier du quotidien. Et ici, on parle bien de solutions concrètes, pas de théorie de salon.
Comprendre le rôle réel de l’ergothérapeute
Avant toute chose, clarifions une chose : un ergothérapeute, ce n’est pas un kiné bis. C’est un professionnel de santé, formé pour analyser les interactions entre la personne, ses activités et son environnement. Son objectif n’est pas de « réparer » un corps, mais de permettre à une personne de faire ce qui est important pour elle, malgré ses limitations.
Typiquement, cela signifie :
- adapter le logement pour qu’une personne en fauteuil puisse cuisiner seule,
- accompagner un adolescent autiste dans l’acquisition de routines scolaires,
- développer des stratégies de gestion d’énergie pour une personne atteinte de sclérose en plaques,
- revoir entièrement les façons de s’habiller, se laver ou sortir de chez soi après un accident.
Le point commun ? On part toujours du quotidien de la personne. Pas celui idéal imaginé sur papier, mais celui qu’elle vit ici et maintenant. Et c’est là que l’ergothérapie prend tout son sens.
Ergo & parcours de soins : une place encore trop marginale
En Belgique, l’ergothérapie est bien intégrée dans certains secteurs hospitaliers : rééducation, neurologie, psychiatrie. On y rencontre des ergothérapeutes qui réalisent des bilans d’autonomie, proposent des exercices fonctionnels, participent aux réunions pluridisciplinaires.
Mais dès que l’on sort de l’hospitalier, la visibilité chute. Dans les soins ambulatoires, l’ergothérapeute intervient parfois, mais souvent trop tard ou de manière trop ponctuelle. Dans les maisons de repos, il est parfois considéré comme un animateur de luxe. En milieu scolaire, son rôle reste mal défini, et dans les soins à domicile, il est presque invisible.
Cela crée un paradoxe : on reconnaît l’utilité de l’ergothérapie à l’hôpital… mais on oublie que les défis du quotidien continuent une fois rentré chez soi.
Des bénéfices concrets (et chiffrables)
Pourquoi investir dans l’ergothérapie dans le parcours de soins ? Voici quelques impacts mesurables, observés sur le terrain :
- Réduction des chutes chez les personnes âgées grâce à l’aménagement du domicile
- Retour plus rapide à l’autonomie après une hospitalisation
- Meilleure adhérence aux traitements chez les patients chroniques (par simplification des routines)
- Préservation de l’autonomie dans les maladies neurodégénératives
- Moins d’épuisement chez les aidants proches, qui bénéficient de conseils clairs et d’adaptations concrètes
Et, au passage, des économies structurelles importantes : moins de séjours inutiles à l’hôpital, moins de soins à domicile intensifs, moins de recours prématurés à l’hébergement.
Un exemple parmi tant d’autres
Je pense à Marc, 58 ans, qui a eu un AVC l’an dernier. Hospitalisation complète, suivi en revalidation… puis retour à la maison. Mais très vite, les problèmes s’accumulent : il n’arrive pas à enfiler ses chaussettes, trébuche dans l’escalier, et n’ose plus faire à manger seul.
Un ergothérapeute est appelé. En deux séances, il identifie les obstacles concrets : absence de mains courantes, éclairage insuffisant, gestes devenus trop complexes. Il propose des aides techniques (un enfile-bas tout simple), des stratégies compensatoires, et revoit les postes de travail dans la cuisine avec Marc. Résultat ? Deux semaines plus tard, Marc se prépare ses repas seul. Et retrouve confiance.
Ce type d’intervention est typique : simple, ciblé, efficace.
Des freins encore tenaces
Alors pourquoi l’ergothérapie reste-t-elle sous-utilisée en dehors de l’hôpital ? Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- Une méconnaissance généralisée de la profession, même chez les prescripteurs (médecins, mutuelles, CPAS…)
- Un remboursement partiel ou inexistant selon les régions et situations
- Une inégalité d’accès selon le lieu de résidence (zones rurales moins desservies)
- Une difficulté à mesurer certains bénéfices « qualitatifs », pourtant essentiels
Pour dire les choses franchement : beaucoup hésitent à faire appel à un ergothérapeute parce qu’ils ne savent pas ce qu’il fait exactement, et encore moins comment le financer. Résultat, on attend. Trop souvent. Jusqu’à ce qu’il soit presque trop tard.
Faire appel à un ergothérapeute : quand et comment ?
Spoiler : pas besoin d’attendre d’avoir un diagnostic grave pour consulter un(e) ergo.
Voici quelques exemples de situations où un ergothérapeute peut être utile :
- Vous avez du mal à effectuer certaines tâches du quotidien (toilette, cuisine, déplacements)
- Vous utilisez une aide technique mais n’êtes pas à l’aise avec
- Vous vous sentez dépassé par le maintien à domicile d’un proche en perte d’autonomie
- Votre enfant a des difficultés en motricité fine, en planification ou en gestion des émotions
- Vous vivez avec une douleur chronique ou une fatigue qui freine vos activités
Et comment le faire ? Vous pouvez passer par votre médecin traitant, un centre de revalidation, ou contacter directement un ergothérapeute indépendant. De plus en plus de mutuelles proposent des remboursements partiels – renseignez-vous. Certaines ASBL ou services d’aide à domicile intègrent aussi l’ergothérapie dans leurs offres.
Vers une meilleure reconnaissance en Belgique ?
Les choses avancent… lentement, mais elles avancent. La réforme du paysage hospitalier, les projets pilotes sur la prévention des chutes, ou encore les actions de sensibilisation portées par l’Union professionnelle des ergothérapeutes de Belgique commencent à porter leurs fruits.
Mais il reste du chemin. Pour que l’ergothérapie trouve pleinement sa place dans le parcours de soins Belge, il faut :
- améliorer le remboursement (notamment pour l’ambulatoire et le domicile),
- renforcer les passerelles entre soins de première ligne et ergothérapeutes,
- former (et informer) les professionnels de santé à l’utilité de cette discipline,
- valoriser le rôle de l’ergo dans les politiques de santé publique (vieillissement, maladies chroniques, inclusion),
- mieux communiquer auprès du grand public (et éviter les clichés sur l’ergothérapie = loisirs).
Et si on arrêtait d’attendre pour améliorer la vie ?
Au fond, l’ergothérapie, c’est une discipline qui se pose une seule question simple : « Comment vous pouvez faire ce que vous avez envie (ou besoin) de faire, malgré les obstacles du quotidien ? »
Et bien souvent, les réponses existent. Mais elles se trouvent rarement dans les manuels ou les protocoles standardisés. Elles se créent, sur mesure, en partenariat avec la personne. C’est du cousu main. Et c’est ce qui en fait une approche si précieuse.
Alors si vous travaillez dans le secteur de la santé ou du social, posez-vous cette question : à quel moment dans le parcours de soins les patients ou bénéficiaires que vous accompagnez auraient pu bénéficier d’un regard ergothérapeutique ?
Et si vous êtes directement concerné par une perte d’autonomie ou un changement de santé… pourquoi attendre ?
L’ergothérapie, ce n’est pas un luxe. C’est un outil. Et il est grand temps de l’utiliser mieux.