Les transports en commun en Belgique sont-ils réellement accessibles à tous ?
Se déplacer en Belgique sans voiture, c’est possible. Mais lorsqu’on est en fauteuil roulant, malvoyant ou porteur d’un handicap invisible, les transports publics deviennent vite un terrain semé d’embûches. Sur le papier, les opérateurs comme la SNCB, la STIB, le TEC ou De Lijn affichent leur volonté d’accessibilité. Mais dans la réalité de terrain, les choses sont bien plus nuancées. Alors, les transports en commun en Belgique sont-ils réellement accessibles à tous ?
Accessibilité annoncée, mais pas toujours vécue
Les brochures sont jolies, les sites web prometteurs. De nombreux opérateurs clament que leurs services sont inclusifs, avec pictogrammes rassurants à l’appui. Mais quand on descend dans le métro ou qu’on tente de monter dans un train régional, l’expérience est souvent tout autre.
Parlons concret :
- Un quai non aligné, c’est un fauteuil roulant bloqué.
- Une rame sans assistance, c’est un départ manqué.
- Un affichage sonore non fonctionnel, c’est une personne malvoyante désorientée.
Je ne parle pas ici de cas isolés, mais bien de situations régulièrement rapportées par des usagers. Le contraste entre les engagements affichés par les compagnies et la réalité vécue sur le terrain est parfois saisissant.
Le train : un parcours semé d’attentes
La SNCB propose un service d’assistance, gratuite mais à réserver au minimum 24h à l’avance. L’initiative est louable, mais pose une limite claire : celle de la spontanéité. Oubliez les trajets improvisés ou les imprévus de dernière minute.
Autre point bloquant : l’accessibilité des quais. Seuls certains quais sont au bon niveau pour permettre l’usage de rampes sans danger. Dans plusieurs gares, l’entrée même du bâtiment reste inaccessible sans aide. Et lorsqu’il y a des ascenseurs, encore faut-il qu’ils fonctionnent. Trop souvent, ils sont en panne ou hors service, sans solution de remplacement directe.
Côté personnel, il faut le souligner : les agents d’assistance font de leur mieux avec les moyens du bord, souvent en sous-effectif et sans visibilité en temps réel des incidents techniques. Mais pour l’usager, cela ne change rien à la frustration ressentie lorsqu’un train part sans lui…
Métros, trams, bus : un accès variable selon la région
En Belgique, la complexité fédérale n’épargne pas les transports. Trois grandes sociétés gèrent les réseaux urbains : la STIB à Bruxelles, le TEC en Wallonie et De Lijn en Flandre. Chacune a ses spécificités, ses efforts… et ses limites.
Bruxelles : pionnière mais encore perfectible
La STIB est sans doute l’opérateur le plus avancé sur les questions d’accessibilité. Beaucoup de stations de métro sont équipées d’ascenseurs, les trams récents sont basés au niveau du sol, et un projet de mise en accessibilité totale est dans les tuyaux.
Mais tout n’est pas rose :
- Les anciens trams restent impénétrables pour un fauteuil.
- Certains ascenseurs sont très mal signalés ou situés loin de l’entrée principale.
- Les informations en temps réel (perturbations, travaux) ne tiennent pas toujours compte de l’impact sur les personnes en situation de handicap.
La STIB propose aussi une carte audio pour les malvoyants et un accompagnement personnalisé – une initiative intéressante, mais peu connue et peu promue.
TEC : encore du chemin à faire
Le réseau du TEC connaît des difficultés majeures en matière d’accessibilité. Les bus à plancher bas ne sont pas systématiques, les arrêts sont rarement aux normes, et les rampes d’accès manquent souvent à l’appel.
Des bus accessibles circulent, oui. Mais leur disponibilité dépend énormément des lignes et des dépôts. Résultat : une réelle inégalité selon les régions. En zone rurale, c’est souvent un non-sujet.
Et là encore, pas de service d’assistance structuré comme à la SNCB. L’utilisateur doit « se débrouiller » ou compter sur la bonne volonté du conducteur. Pas très rassurant pour une personne en perte d’autonomie.
De Lijn : des avancées mais un manque de clarté
De Lijn a progressé ces dernières années : beaucoup de bus récents sont équipés de rampes, le matériel roulant est globalement plus accessible que dans d’autres régions. Mais là aussi, l’information reste difficile à obtenir.
Un exemple personnel rapporté par une lectrice : elle appelle la hotline pour une info accessibilité sur un arrêt de tram à Anvers. Résultat ? Trois redirections téléphoniques, sans réponse claire. L’arrêt était en travaux depuis deux semaines.
Qu’en est-il des handicaps invisibles ?
On parle souvent de fauteuils et de rampes, mais oublie parfois les personnes porteuses d’un handicap invisible. Autisme, troubles cognitifs, déficience auditive, anxiété sociale… Ces usagers rencontrent des obstacles bien réels :
- Difficulté à lire une correspondance sur des panneaux complexes.
- Stress face aux foules ou aux retards inexpliqués.
- Manque d’interlocuteurs bien formés sur le terrain en cas de besoin simple.
Une solution existe pourtant : la formation du personnel et une meilleure signalétique. Certains réseaux, comme la RATP à Paris, ont lancé des pictogrammes pour alerter le personnel de la présence d’usagers avec besoins spécifiques. Pourquoi pas chez nous ?
Services alternatifs : taxi, PMR, covoiturage
Face aux lacunes des transports publics, beaucoup se tournent vers d’autres solutions. Mais elles ont elles aussi leurs freins.
- Les taxis adaptés sont peu nombreux, souvent réservés longtemps à l’avance et coûteux.
- Les services Mobitwin ou Taxibus, souvent gérés par les communes, sont très variables selon les endroits.
- Le covoiturage peut être une bonne option pour certains profils, mais reste limité pour les fauteuils ou les appareils encombrants.
Il existe aussi des petites perles d’initiatives locales (associations, groupes Facebook, échanges entre proches aidants) qui mériteraient un meilleur soutien institutionnel. L’information est toutefois trop dispersée pour soutenir une vraie dynamique nationale.
Ce qui pourrait changer les choses
Posons-nous une question simple : que faudrait-il pour que l’accessibilité soit une réalité, et non une promesse vide ? Voici quelques pistes concrètes :
- Structuration des informations : Créer une plateforme unifiée, claire et à jour sur l’accessibilité en temps réel (ascenseurs, rampes, arrêts en travaux…)
- Droit à la spontanéité : Permettre le service d’assistance sans réservation ou avec un délai réduit (3h par exemple).
- Formation continue du personnel : Sensibiliser aux handicaps visibles mais aussi invisibles, avec cas concrets et mises en situation.
- Signalétique cohérente et universelle sur tout le territoire, avec des pictogrammes compréhensibles.
- Participation des usagers : Impliquer davantage les personnes concernées dans les tests d’accessibilité et les cahiers des charges des nouveaux projets.
Il ne s’agit pas tant de budgets colossaux que d’écouter, de penser en amont, et d’appliquer de simples principes de bon sens. Le syndrome du « on y pensera plus tard » a assez duré.
L’accessibilité, une question de choix politique
Rendre les transports réellement accessibles ne relève ni de la magie ni de la charité. C’est une obligation légale, un impératif d’égalité, et un investissement rentable. Les personnes âgées, les familles avec poussette, les usagers blessés temporairement, les touristes perdus et, bien sûr, les personnes en situation de handicap seraient tous gagnants.
La Belgique a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Et pourtant, nos trottoirs, trains et stations continuent d’exclure une partie de la population silencieuse mais bien présente.
Changer la donne prendra du temps, mais chaque amélioration peut faire une réelle différence dans la vie quotidienne de milliers de personnes. La question n’est plus de savoir si c’est faisable. C’est de savoir quand on passera enfin à l’action de manière cohérente et inclusive.
En attendant, si vous utilisez les transports en commun et que vous avez une expérience à partager – bonne ou mauvaise – racontez-la. C’est en donnant de la voix aux vécus que l’on façonne des politiques plus humaines… et vraiment debout.