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Le recours corporel comme outil de communication pour les personnes handicapées

Le recours corporel comme outil de communication pour les personnes handicapées

Le recours corporel comme outil de communication pour les personnes handicapées

Le corps : un langage sous-estimé mais puissant

Quand on parle de communication, on pense souvent aux mots. Aux phrases. À la voix. Pourtant, pour bien des personnes en situation de handicap, surtout celles présentant des troubles de la parole ou du langage, ces moyens classiques ne sont pas toujours disponibles ou efficaces. Faut-il pour autant conclure qu’elles ne communiquent pas ? Certainement pas. Le corps, avec ses gestes, ses mimiques, sa posture, devient alors une langue à part entière.

Le recours corporel n’est pas une solution de « remplacement ». C’est une stratégie de communication à part entière. Une langue vivante, expressive, souvent plus intuitive que les mots eux-mêmes. Mais encore faut-il savoir la reconnaître, l’interpréter… et la valoriser.

Comprendre ce qu’on entend par « recours corporel »

Le recours corporel englobe tous les moyens par lesquels le corps transmet des informations :

Par exemple, une personne polyhandicapée peut manifester son accord par un clignement d’œil ou désigner un objet en penchant la tête. Un jeune adulte atteint de paralysie cérébrale peut exprimer sa fatigue en laissant tomber ses épaules ou détourner les yeux pour marquer son désintérêt. Ces signaux corporels sont parfois minimes, mais ils ont un sens. À nous d’apprendre à les lire.

Pourquoi passer par le corps ?

Parce que la voie verbale n’est pas toujours accessible, tout simplement. Les troubles du langage, le mutisme, l’aphasie ou certaines formes d’autisme peuvent rendre la parole difficile, voire impossible. Mais le besoin de communiquer, lui, reste intact. Le recours au corps devient alors une porte d’entrée précieuse.

Ce type de communication a plusieurs vertus :

Et surtout, il offre la possibilité de créer du lien, même en dehors des mots.

Comment favoriser cette forme de communication ?

On ne « force » pas une personne à utiliser son corps pour communiquer. En revanche, on peut mettre en place des conditions qui facilitent cette expression corporelle. Voici quelques pistes issues de mon expérience terrain :

Exemples concrets du quotidien

Voici quelques situations que j’ai rencontrées lors de mes interventions :

Marie, 7 ans, atteinte de TSA non verbal. Lorsqu’elle veut rejouer une activité, elle serre les poings et fixe l’objet concerné. Une éducatrice l’a repéré et mis en place un jeu de cartes imagées. Marie apprend à associer ce geste à la carte correspondante, et gagne en autonomie décisionnelle.

Ahmed, adulte aphasique suite à un AVC. Il ne parvient plus à formuler des phrases claires. Mais il tape du pied chaque fois qu’il est contrarié, et sourit en penchant la tête quand quelque chose lui plaît. L’équipe soignante adapte l’organisation du quotidien en se basant sur ces signaux.

Julie, 15 ans, atteinte d’amyotrophie spinale. Très limitée sur le plan moteur, elle conserve toutefois le contrôle oculaire. Tordre légèrement la bouche signifie « non », cligner des yeux « oui ». Son équipe éducative construit un code simple autour de son expression faciale, ce qui permet à Julie de participer activement aux choix quotidiens.

Les limites à ne pas négliger

Il n’y a pas de solution miracle. Le recours corporel a ses propres contraintes :

Mais ces limites ne doivent pas freiner leur usage. Elles appellent juste à plus de vigilance et de formation.

Former les professionnels… et les proches

Trop souvent, les formations en structures médico-sociales restent centrées sur les outils technologiques ou les approches standardisées. Or, chaque personne est unique. Le corps qu’elle mobilise pour communiquer est aussi porteur de son histoire, ses habitudes, ses douleurs, son vécu.

Inclure le recours corporel dans les formations, c’est :

Un exemple ? Dans un établissement pour jeunes polyhandicapés, une formation de deux jours a permis au personnel de mettre en place une « carte d’expression corporelle » pour chacun des résidents. Résultat : une meilleure qualité de vie, moins de crises, plus de participation dans les décisions quotidiennes.

Et quand la technologie complète le corps ?

Communication corporelle et outils numériques ne sont pas opposés, bien au contraire. Dans de nombreux cas, la technologie peut amplifier les signaux du corps.

Mais l’enjeu reste le même : valoriser une expression propre à la personne, accessible, stable et reconnue par son entourage.

Penser autrement la communication

Écouter avec les yeux, parler avec les mains, comprendre sans entendre une seule voix… Et si on réapprenait à « lire » nos proches différemment ?

Le recours corporel n’est pas un plan B. C’est une autre manière de dire « je suis là », « j’ai un avis », « je veux participer ». Il ne s’agit pas seulement de communiquer pour survivre, mais pour s’exprimer, choisir, s’affirmer… vivre, tout simplement.

Et si le défi était moins pour les personnes handicapées que pour nous ? Sommes-nous prêts à écouter autrement ?

Changer de regard sur la communication, ça commence avec un simple pas : celui de prendre le temps d’observer. Le reste se construit ensemble, geste après geste.

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